La France Antarctique : pourquoi Brasil Art&Co revendique ce nom
Au XVIe siècle, la France tentait de coloniser le Brésil. Cette histoire méconnue est au cœur de l'identité de Brasil Art&Co et de son ancrage en Bretagne.
La France Antarctique : quand la France rêvait d'un empire au Brésil
Il existe une histoire méconnue, enfouie dans les archives du XVIe siècle, qui relie directement la Bretagne maritime au Brésil : celle de la France Antarctique. C'est cette histoire que Brasil Art&Co a choisie comme fil conducteur de son identité — et ce n'est pas un hasard.
La France Antarctique (1555–1567) : les faits
En 1555, le chevalier Nicolas Durand de Villegagnon fonde, au nom du roi Henri II, une colonie française dans la baie de Guanabara — là où se trouve aujourd'hui la ville de Rio de Janeiro. Ce territoire est baptisé France Antarctique.
L'objectif est double : créer un refuge pour les protestants huguenots persécutés en France, et établir une base commerciale pour le bois-brésil (le pau-brasil), très recherché pour la teinture des tissus en Europe.
Durant plus de 12 ans, la colonie subsiste, entretenant des relations avec les peuples Tupi locaux. Des Français apprennent le tupi, des alliances se nouent, un métissage naît. Jean de Léry, pasteur calviniste, laissera une description saisissante de cette expérience dans son Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil (1578).
En 1567, les Portugais reprennent le contrôle de la baie et détruisent la colonie. Les Français sont chassés. Rio de Janeiro devient portugaise. La France Antarctique disparaît.
Le lien breton
L'aventure de la France Antarctique est indissociable de la Bretagne maritime. La plupart des marins et explorateurs qui rejoignent Villegagnon partent des ports bretons : Saint-Malo, Brest, Dieppe. Les Malouins connaissent les côtes brésiliennes depuis le début du XVIe siècle — bien avant la fondation de la colonie.
Les corsaires malouins, dont le plus célèbre est René Duguay-Trouin (un siècle plus tard), entretiennent une relation historique avec le Brésil : commerce, piraterie, capture de navires portugais chargés d'or. La Bretagne et le Brésil ont une histoire commune que l'on n'enseigne pas à l'école.
Pourquoi Brasil Art&Co s'en empare
C'est Bruno dos Santos, co-président fondateur de Brasil Art&Co, qui a choisi de faire de la France Antarctique l'axe historique du projet associatif. L'idée est simple et puissante : la présence brésilienne en Bretagne n'est pas nouvelle. Elle s'inscrit dans une continuité historique de cinq siècles.
En revendiquant cet héritage, Brasil Art&Co pose une base solide à son existence :
- La Bretagne n'accueille pas la communauté brésilienne par hasard géographique : il y a une histoire partagée
- L'association brésilienne à Saint-Malo n'est pas une curiosité exotique : elle s'inscrit dans la continuité d'un lien millénaire entre deux peuples maritimes
- La culture brésilienne en Bretagne n'est pas une importation récente : c'est un retour
Un projet éducatif en gestation
Brasil Art&Co envisage, à terme, de proposer des ateliers historiques sur la France Antarctique dans les écoles bretonnes, en partenariat avec des historiens et des associations culturelles. L'objectif : faire connaître cette page méconnue de l'histoire franco-brésilienne au grand public.
La France Antarctique, c'est le socle. Brasil Art&Co, c'est la continuation.
Pour aller plus loin : Jean de Léry, "Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil" (1578) — disponible en édition moderne chez Plasma. Frank Lestringant, "Le Brésil de Montaigne" (2005).
Reactions
Connecte-toi pour réagir à cet article.
